Le théorème de Charlie

Publié le par pierrôt

Le théorème de Charlie

Le théorème de Charlie s’énonce de façon assez simple : « Dans toute société, le taux de connerie est inversement proportionnel à celui des journalistes satiriques ». Nouvelle et fulgurante démonstration depuis le 7 janvier.

Le théorème de Charlie, méconnu de la plupart des économistes, n’est pas enseigné dans les universités. Trop simple, trop évident, impossible à mettre en équations saugrenues, il ne répond pas aux canons de l’orthodoxie dominante. Il a pourtant déjà reçu plusieurs vérifications empiriques majeures. On se souvient d’abord de la disparition en décembre 1981 de Charlie Hebdo. Six mois plus tard, la gauche de gouvernement prenait le tournant de la rigueur. Résultat : une plongée historique des salaires, les années fric, et Tapie qui devient ministre en 1992. La connerie triomphe.

Heureusement, en 1992, Charlie Hebdo reparaît. Tapie s’éclipse et quelques années plus tard, Juppé droit dans ses bottes fait descendre dans la rue des millions de manifestants. La grève des cheminots paralyse le pays. C’est l’éclosion de multiples mouvements sociaux (AC !, DAL, Droits Devant !!, puis Attac,…).

On observera que le délai de réaction de la société est bien plus rapide quand les journalistes satiriques disparaissent que lorsque le phénomène inverse se produit. En termes économico-scientifiques, on dit que l’élasticité de la connerie à la hausse ou à la baisse n’est pas la même. C’était la minute pédago.

Nouvelle confirmation du théorème après le massacre du 7 janvier dernier et la disparition brutale de plusieurs journalistes de Charlie. Le taux de connerie est remonté à une vitesse sidérante, comme en témoignent les citations suivantes glanées quelques jours à peine après le drame.

« D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité sinon des musulmans ? On le dit ça ? Et bien moi, je le dis ! Je rêve ou quoi ? C’est ça notre problème actuellement, c’est les musulmans qui mettent en cause la laïcité ! C’est les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ! » (Philippe Tesson, Europe1, 13 janvier).

« Il faut repérer et traiter ceux qui ne sont pas Charlie », (Nathalie Saint-Cricq, France 2, 13 janvier)

« Dimanche, des millions de Français sont descendus dans la rue pour défendre la République. D'habitude, ils le font pour la renverser ». (Jean-Christophe Cambadélis, à propos de la manif du 11 janvier. iTélé, 14 janvier)

D’autres exemples ? Non, on a déjà la nausée. Alors, il faut faire vivre la presse satirique et ses dessinateurs. Achetez Charlie, ou Siné mensuel, ou les deux. Et surtout lisez les au lieu de les revendre comme un con sur eBay. Offrez des chocolats (ou plus sûrement une bouteille de bon nectar) à votre dessinateur préféré. Dites-lui que vous l’aimez et montrez le lui en chair, plutôt qu’en os. Il en a bien besoin en ce moment. Faites les vivre, quoi, ces acrobates de la liberté, ces voltigeurs du rire. Ne les laissez pas bêtement tomber. Ne les laissez pas crever, merde !

17 janvier 2015

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