L'histoire est la science du malheur des hommes

Publié le par pierrôt

L'histoire est la science du malheur des hommes

Cette définition de l’histoire peut paraître banale et, d’une certaine façon, elle l’est. C’est d’ailleurs, je pense, la raison pour laquelle elle a fait tilt dans mon cerveau. Cette phrase est restée gravée dans ma mémoire parce qu’elle traduit une forme de sagesse commune. C’est ainsi qu’elle a été introduite par son auteur.

« La parémiologie l'enseigne : les peuples heureux n'ont pas d'histoire. L'histoire est la science du malheur des hommes. »

La parémiologie, c’est la science des proverbes, comme on peut le deviner à la lecture de la phrase. Donc la sagesse populaire, telle qu’elle nous est transmise à travers les proverbes, nous donne une définition, en négatif, de l’histoire.

Soyons précis. Il ne s’agit pas de prendre les proverbes pour argument d’autorité. Ce n’est pas parce qu’un proverbe dit quelque chose que cela prouve quoi que ce soit. Mais, inversement, on peut être attentif à ce que disent les proverbes et aux vérités d’expérience qu’ils recèlent.

C’est à Raymond Queneau que l’on doit cette définition. Elle figure dès les premières phrases d’un petit livre intitulé Une histoire modèle et publié en 1966, quelques années après la mort, en 1962, de Georges Bataille, un ami de Queneau. Peu de temps avant sa mort, Georges Bataille avait soumis  à son ami l’idée d’écrire « une histoire universelle en dix pages ». Raymond Queneau l’en aurait dissuadé. C’est peut-être en souvenir de ce projet qu’il a écrit ce livre.

La citation, reprise dans un contexte plus large, donne peut-être une idée une peu plus explicite du projet : « S'il n'y avait pas de guerres ou de révolutions, il n'y aurait pas d'histoire ; il n'y aurait pas matière à histoire ; l'histoire serait sans objet. Tout au plus existerait-il des annales. La parémiologie l'enseigne : les peuples heureux n'ont pas d'histoire. L'histoire est la science du malheur des hommes. »

Si l’histoire est la science du malheur des hommes, il n’est pas étonnant que nous n’ayons pas d’échos de la vie des peuples primitifs, trop heureux pour avoir des histoires. C’était une des conclusions que l’on pouvait tirer du livre de Marshall Sahlins âge de pierre, âge d’abondance, paru en France très tardivement, en 1976.

Un résumé des thèses principales de ce livre provocateur avait cependant été publié en 1968 dans la revue Les Temps Modernes. Loin de la vision misérabiliste que l’on a de ces sociétés primitives, l’auteur montrait que les sociétés primitives vivent dans l'abondance… puisqu'elles jouissent de beaucoup de temps libre ! Ces idées n’ont jamais été réfutées. Elles n’ont pas non plus été reprises ni discutées. Pourtant, ne voilà-t-il pas un projet qu’il est beau ? On aura probablement l’occasion de revenir sur ce sujet…

Publié dans QUELQU’UN L’A DIT

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Jean-Paul 10/08/2008 13:51

"Le temps libre" !!! Voilà l'ennemi réel contre lequel se bat Sarkozy !!!