« Ensemble tout est possible…en aviron »

Publié le par pierrôt

Je pensais que ce blog serait préservé de la fièvre chinoise estivale. Mais l’actualité m’a rattrapé. Il a suffi d’un court passage devant un écran TV pour saisir cette phrase d’un commentateur sportif : « Ensemble tout est possible, c'est une vérité aussi en quatre sans barreur ».

On se gratte les oreilles, on demande à l’assistance si on n’a pas rêvé. Puis on note les détails techniques tout en essayant de se calmer. C’était le samedi 16 août durant la finale d’aviron du quatre de pointe (il paraît que c’est le terme sportif adéquat). Il était environ 11h35. Le journaliste qui a prononcé cette phrase s’appelle Lionel (Chamoulaud de son nom, d’après les infos recueillies ensuite). Voilà pour les détails techniques.

Ensuite, on explose, on fulmine. Qu’un journaliste, fût-il sportif (mais le sport, heureusement, ne rend pas débile), puisse considérer qu’un slogan de campagne électorale peut être repris dans un commentaire sportif, comme s’il s’agissait d’une sorte de patrimoine commun, d’une référence intellectuelle partagée ! C’est proprement hallucinant ! Sarkozy n’a pas encore (totalement et "officiellement") pris le contrôle des médias publics que des journalistes zélés lui servent déjà la soupe. Pour commenter les sports collectifs où il vaut mieux, le plus souvent, être « ensemble », les journalistes en herbe ont désormais avec le slogan sarkozyste un commentaire tout trouvé.

Il y a dans cette façon de procéder quelque chose de très insidieux. Utiliser ainsi un slogan de campagne électorale, c’est l’élever au rang de proverbe; c’est considérer que ce slogan a la même pertinence qu’une vérité d’expérience populaire. C’est, en définitive, naturaliser ce slogan électoral. Or il n’y a rien de plus politique – et donc de moins « naturel » - qu’un slogan électoral. Cela n’est pas plus défendable parce que ce slogan a « gagné » la bataille électorale. Imagine-t-on une reprise de ce slogan dans un commentaire journalistique sportif si Ségolène Royal avait été élue ? Certainement pas. On peut être sûr que, dans ce cas, il y aurait eu un tollé. Quand le commentateur souligne que  «c'est une vérité aussi en quatre sans barreur », il valide l'idée que c'est une vérité. Or, dans le domaine politique, il n'y a de "vérité" que par le verdict des électeurs. Si la pertinence de ce genre de commentaire dépend d’un résultat électoral, c’est donc bien que ce commentaire a, lui aussi, une dimension politique. Ce qui est totalement inadmissible. 

Publié dans LE JOURNAL DES GOGOS

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