Mammuth:un film géant

Publié le par pierrôt

Le dernier film de Delépine et Kervern est un petit bijou, à la fois d'une grande force et d'une immense poésie. Après Louise Michel qui nous entraînait à la poursuite de ces patrons voyous anonymes, les deux compères nous racontent l'histoire d'un homme à la retraite. C'est d'actualité, non? Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur ce film. On ne peut faire moins que de donner un coup de chapeau à Yolande Moreau et Gérard Depardieu, les deux principaux interprètes. L'avant-dernier numéro de Siné-Hebdo (21 avril 2010), dont Delépine et Kervern étaient les rédac'chefs invités, est passionnant. Si vous ne l'avez pas encore, essayez de le dénicher! Ici, on vous livre une lecture du film sous l'angle du travail. Car c'est de cela que parle ce film. Normal. On ne peut pas parler de la retraite sans regarder son envers...


Mammuth : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le travail sans oser…

Envie de tout savoir (ou presque) sur le travail ? Inutile de vous transformer en rat de bibliothèque. Le film de Delépine et Kervern en dit plus long sur le travail que bien des livres. Il suffit de tirer les fils…

Premier fil, celui de la souffrance au travail. Chaque jour, Serge Pilardosse se rend à son boulot, il va à l’abattoir, au propre comme au figuré. A la fin de la journée on le retrouve épuisé, littéralement abattu dans les vestiaires. Lui, Serge Pilardosse, cette force de la nature incarné par Gérard Depardieu, le travail parvient à l’anéantir. Serge est un bon travailleur. « Jamais absent », « jamais malade », « bonnes statistiques ». Normal, Serge est un « damné du travail ».

La souffrance est aussi psychologique. C’est la scène jubilatoire avec le vendeur de supermarché où Serge achète du jambon. Le porc, Serge connaît : c’est dix ans de sa vie à l’abattoir. Remarques subtiles sur la provenance du jambon, sa qualité,…Et bing ! Le vendeur l’envoie paître. « La fierté du travail quand on est payé au Smic ?  Faut pas déconner ! ». Dur de découvrir qu’on a mis tout son amour dans le travail, « comme un con ». Tout aussi difficile de mal faire son travail : même exploité, le travail est une partie de soi. Un travail mal fait renvoie une image dévalorisée de soi. Une pression insoutenable qui fait souffrir de plus en plus de salariés soumis à l’injonction des « bonnes statistiques ».

Second fil, la retraite. Serge découvre qu’il est « sans papiers » (merci Miss Ming): il lui manque des bulletins de salaire. Pas étonnant. Il a trimé toute sa vie dans des boulots (salarié agricole, videur dans une discothèque, café-restaurant, fêtes foraines,...) bien souvent payés au black. Et qui emploient de nombreux travailleurs étrangers, comme ces « sans papiers » aujourd’hui en grève. Serge enfourche sa moto et redevient « Mammuth ». Il terminera sa route en djellaba.  

Mammuth découvre à la retraite qu’il n’y a pas que le travail exploité, aliéné, abrutissant. Il y a aussi le travail pour soi, toutes ces activités domestiques que l’on fait par nécessité mais avec un peu plus de liberté. Faire les courses, par exemple, avec cette scène désopilante où il s’empêtre au milieu des voitures avec son chariot. Et puis la réparation de la porte des toilettes, qui tourne aussi à la catastrophe. Toute une vie à bosser pour des patrons sans avoir l’énergie ou le temps de le faire un peu pour soi. Et puis il y a surtout toutes ces activités autonomes qu’on accomplit librement, sans nécessité, qui ont une fin en elles-mêmes et donnent sens à la vie. Les activités artistiques, les relations avec les autres,…Mammuth choisit l’amour, un amour que la vie lui a volé à l’adolescence : « mon dernier travail…aimer comme une dernière bataille ». L’amour à mort, jusqu’à la mort. Conclusion : faites la grève, mais faites aussi l’amour !

Publié dans LES COPAINS D’ABORD

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