Le manifeste des 700 saligauds

Publié le par pierrôt

Le présent est tellement déprimant  que je suis allé faire un tour dans le futur. Au péril de ma vie de futurologue, j’en ai rapporté ce document volé dans les archives de la World Company. La datation reste incertaine : 2078 ou 2079, c’est pas très lisible et les experts chipotent encore. Mais le texte en dit long sur l’avenir qui nous attend. Et, pour être franc, ça fait du bien de revenir dans le présent. Etonnant, non ?

 

Pas touche mon prolo !

Contre les lois sur le salaire minimum:

Pour le libre échange

Le manifeste des 700 saligauds

 

En matière de libre échange et de commerce des être humains, nous sommes croyants, pratiquants ou agnostiques.

Certains d’entre nous ont déjà acheté - souvent massivement - les services de prolos et de prolotes bien au-dessous du salaire minimum qu’on veut nous imposer. Quelques uns, fortune faite, ont arrêté ; la plupart continuent pour satisfaire une libido un peu trop déglinguée et n’en ont même pas honte.

D’autres, sans  l’avoir jamais pratiqué personnellement, contribuent activement à ce commerce dévoyé grâce  à leur production intellectuelle ou à leur pouvoir médiatique. Et ils n’auront jamais le réflexe citoyen de dénoncer à l’opinion publique ces basses pratiques.

Capitaines d’industrie ou banquiers d’affaires, faiseurs d’opinion ou « causeurs » patentés, étiquetés de droite plus ou moins extrême ou de gauche sérieusement molle, nous sommes des prédateurs. Cela ne fait pas de nous les frustrés, pervers ou psychopathes décrits par les partisans d’une répression déguisée en combat progressiste.

Qu’il nous arrive ou pas de payer nos salariés, nous ne saurions sous aucun prétexte nous passer du consentement de nos partenaires. C’est pourquoi nous avons développé des méthodes modernes d’exploitation reposant sur l’auto-contrôle des travailleurs et sur la manipulation de leurs désirs inconscients de consommateurs. Ce qui nous permet d’engranger un maximum de profits et de jouissance par tous les bouts.

Nous considérons que chacun a le droit de vendre librement sa force de travail – et même d’aimer ça. Et nous refusons que des députés édictent des normes sur nos désirs et nos plaisirs et, surtout, sur les tarifs pratiqués dans ces échanges.

Nous n’aimons ni  la violence, ni le trafic des êtres humains. Et nous attendons de la puissance publique qu’elle mette tout en œuvre pour lutter contre ces formes déloyales de concurrence.

Nous aimons notre liberté, la littérature de propagande et l’intimité que procure l’anonymat des sociétés écrans et des paradis fiscaux qui les hébergent. Et quand l’Etat s’occupe de notre fric, elles sont toutes les trois en danger.

Aujourd’hui le salaire minimum, demain le salaire maximum : jusqu’où ira après-demain l’hystérie législative ?

Nous ne céderons pas aux ligues qui veulent imposer aux dames (et de plus en plus aux hommes) à petit salaire un tarif minimum. Contre le salarialement correct, nous entendons vivre en exploiteurs libres et continuer à entuber sans entraves tous les prolos de la planète.

Tous ensemble, nous proclamons : 

Pas touche mon prolo !

Premiers signataires: Les Pdg des 700 entreprises qui contrôlent 80% du capital de la planète[1].

 

 



[1] Les données datent du début du XXIème siècle

Publié dans FUTUROLOGIE

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